Tribute to Jacky Ickx

Le conseil d’administration du sport automobile à Paris formula le règlement pour le Groupe C pour les courses de catégorie Sport-Prototype. Ce règlement pour voitures de sport restera valable jusqu’à 1992. Le sport automobile international fut alors divisé en trois sous-catégories : Groupe A (pratiquement de série), le Groupe B (modifications importantes) et le Groupe C (peu de restrictions, prototypes).
Cette période du Groupe C est celle des plus grands succès de Porsche en sport automobile. Avec les modèles 956 (1982-1984) et 962 (1985-1989) – tous créés sous la direction du responsable du projet Norbert Singer, Porsche remportera cinq championnats du monde des constructeurs et des conducteurs. Elles remporteront six victoires au Mans.
Initialement, la saison 1982 avait été considérée comme une année de mise au point de la 956. Cependant, tant aux mains de Jacky Ickx et Jochen Mass que celles de Derek Bell et Vern Schuppan, la voiture se transforme immédiatement en gagnante. Porsche remporte le championnat du monde des constructeurs et Jacky Ickx s’adjuge le premier titre de champion du monde des pilotes de voitures de sport. Inoubliable est le sprint final de Jacky vers la victoire et le titre de champion du monde à Brands Hatch, où dans la dernière heure, il remonte Riccardo Patrese qui menait de près d’un tour.
Aux 24 heures du Mans 1982, les 956 s’adjugent les trois premières places. Ickx/Bell (chassis 002) remportent la victoire devant Mass/Schuppan (chassis 003) et Haywood/Holbert (chassis 004). Durant leur course vers la victoire au Mans, Ickx et Bell battent le record de distance parcourue qu’ils avaient établi l’année précédente, ceci en dépit du règlement limitant la consommation de carburant, et parcourent 4.899,086 kilomètres. Leur Porsche 956 établira une vitesse moyenne de 205 km/h et aura consommé 47,79 litres/100 kilomètres. En remportant la victoire dans toutes les catégories, avec le concours des écuries clientes, Porsche obtient le succès parfait.
Bob Wollek remporte le titre de Champion d’Allemagne de sport automobile sur une Porsche 936C du team Joest avec trois victoires d’avance sur Rolf Stommelen, qui – comme son rival français – roulait initialement sur une 936, avant de passer sur une voiture de Group C en cours de saison.
C’est en juin 1981, que Weissach reçu le feu vert pour créer une voiture de sport bi-place de course conforme aux réglements du Groupe C. Au mois d’août, Norbert Singer travaillait sur le premier modèle à l’échelle 1:5 en soufflerie. Le 27 mars 1982, Jürgen Barth prenait le volant de la voiture avec le chassis 001 et effectuait les premiers tours de roues sur le circuit de Weissach.
Le règlement qui limite la consommation de carburant et l’effet de sol étant un facteur déterminant dans la conception de la voiture: l’aérodynamique y prend une importance accrue . Grâce au profil du dessous de sa coque, la 956 génère un puissant effet de sol aérodynamique, sans le recours aux jupes coulissantes utilisées en F1 mais interdites en Groupe C. Résultat, la 956 atteint des vitesses de passage en virage jamais atteintes par les voitures de sport.

Le règlement définit également la proportion entre la longueur totale de la voiture par rapport à son empattement ceci afin d’éviter les constructions de longues queues excessives. Pour tenir compte de ce facteur, Porsche choisit finalement un empattement mesurant 265 cm pour les 956 (contre 230 cm pour les 917), l’empattement le plus long de toutes les Porsche de course à l’époque.
La 956 présente un chassis monocoque en aluminium. C’était la première fois que ce style de construction était utilisé par Porsche. Tous les composants de suspension – dont seuls les triangles inférieurs se trouvent dans le flux d’air – étaient conçus pour résister aux tensions importantes dues à l’effet de sol. La boîte de vitesses à cinq rapports, entièrement synchronisée, était complètement neuve. Pour le moteur, Porsche conserva d’abord la solution qui avait fait ses preuves. L’année précédente, le six cylindres boxer de 2,65 litres à double turbo de la 936 avait remporté la victoire au Mans. Avec environ 635 CV (à 8.000 tours/min) et un poids réglementé à 800 kilos, le rapport poids/puissance était de 1,35 kilos par cheval vapeur.
28 exemplaires de la 956 furent construits jusqu’en 1984.
Le potentiel des 956 s’amplifie en 1983. Porsche gagne de nouveau le Championnat du Monde d’Endurance, Jacky Ickx remporte son deuxième titre consécutif de champion du monde. Douze 956 sont livrées aux clients privés. Bob Wollek gagne, non seulement le Championnat d’Endurance européen avec le team Joest Porsche, mais également la victoire au Championnat d’Allemagne, pour lequel le Français est de nouveau récompensé par la Coupe Porsche comme le pilote privé le plus couronné de succès. Au Japon, l’Australien Vern Schuppan remporte le Championnat des Conducteurs Groupe C avec sa 956. Le titre des constructeurs va à Porsche.
Lors des 24 heures du Mans, Hurley Haywood, Al Holbert et Vern Schuppan remportent la victoire sur la 956 d’usine N°3 devant leurs équipiers Jacky Ickx et Derek Bell. Alors que le nouveau pilote d’usine Stefan Bellof, associé à Jochen Mass, abandonne avec la troisième 956 d’usine suite à des problèmes moteur. Les écuries clients complètent le succès de la marque allemande: neuf Porsche figurent aux dix premières places !!! Seule la neuvième place allait à l’équipe BMW de Peter Sauber.
Au Salon de l’auto de Genève, en avril 1984, le nouveau moteur de Formule 1 est présenté : le TAG Turbo – réalisé par Porsche (code interne: TTE P01 V6). Le V6 avec un angle de 80 degrés, développé par Hans Mezger, est exceptionnellement léger et compact. Avec tous les accessoires le moteur pèse 150 kilos. Porsche annonce que le moteur construit pour l’équipe McLaren développe à peu près 600 cv entre 10.000 et 11.500 tours/minutes. Des essais initiaux dans les 956 ont lieu sur le circuit d’essai de Porsche à Weissach. Alors que Porsche continue le développement du moteur, la FIA, la Fédération Internationale du sport automobile, annonce : à partir de 1984, seulement 510 litres de carburant sont autorisé pour une course de 1.000 kilomètres au lieu des 600 litres jusque là autorisés. Porsche introduit une injection électronique, augmente la compression à 8.5 et améliore considérablement le fonctionnement. L’usine – ainsi que les clients – est prête pour l’année suivante. À ce moment, personne ne peut savoir que la FIA reviendra sur ce point pour 1984, provoquant un scandale.
La 962 est, initialement créée, sous la direction de Norbert Singer, pour des clients Porsche aux Etats-Unis. Elle est destinée à la série IMSA. Les 956 servent de base. Le règlement IMSA stipule que les pieds des pilotes ne peuvent pas être au-delà de l’axe du train avant de la voiture. En conséquence, Singer augmente l’empattement à 2,77 mètres, entrainant des modifications de la monocoque et réduisant également le porte à faux avant pour ne pas augmenter la longueur totale. L’aérodynamique est modifiée en conséquence. Un moteur de 2,869 litres bi-soupapes avec un seul turbo s’avère être la meilleure option. Dans cette spécification, le poids minimal est 850 kilogrammes. La boîte de vitesse, l’embrayage et la suspension sont ceux de la 956, avec cependant un ajustements des ressorts et amortisseurs. La capacité du réservoir à carburant est augmentée à 120 litres.
Pour le Championnat du Monde d’Endurance et au Mans, Porsche prépare une version avec un moteur de 2,65 litres, deux turbocompresseurs et une culasse à refroidissement par eau.
Le feu vert pour la 962 est donné à la mi-octobre 1983. Le 17 octobre les croquis commencent pour la nouvelle monocoque. Le 23 décembre la monocoque est prête, le premier moteur d’essai est adapté. Le 24 janvier la première 962 est prête à rouler et le lendemain les essais commencent sur le circuit du Paul Ricard. Le soir, 450 kilomètres à vitesse de course ont été parcourus. Le 27 janvier 1984 la première 962-001 quitte Stuttgart pour la Floride où elle fait un début honorable en réalisant la pole position.
Au cours des années suivantes, Porsche construit 91 exemplaires de la 962. Lors de la décennie suivante la 962 deviendra la voitures de sport la plus titrée de l’histoire avec, rien que dans la série IMSA, 54 victoires, dont 40 entre 1985 et 1987.